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LE FIGARO. Est-il vraiment utile d'établir des comptes de l'État sachant que les comparaisons sont difficiles d'une année sur l'autre ?
Éric WOERTH. Cette démarche est utile car elle nous permet de disposer, comme les entreprises, d'un bilan et d'un compte de résultats. Cela étant, comme ce processus est assez nouveau, il faut
encore beaucoup d'explications. Ainsi, nous observons en 2007 une dégradation du résultat net de l'État. Cette dégradation apparente tient largement au fait que l'État a réalisé moins de cessions
et donc, a touché moins de produits de cession. L'avantage pour les Français, c'est de pouvoir suivre l'évolution du patrimoine immobilier, le montant des pensions à régler, qui sont hors bilan,
ou encore de savoir si l'État a provisionné suffisamment pour pouvoir faire face à ses risques.
La Cour des comptes a justement émis des réserves sur le montant des provisions pour risques. L'État serait-il incapable de faire face à certains litiges
?
Non. La réserve de la Cour, qu'elle qualifie elle-même de «non substantielle», porte seulement sur la comptabilisation de ces provisions. Nous n'avons pas encore atteint l'exhaustivité, mais nous
sommes engagés dans un travail très lourd pour l'améliorer.
La nouvelle constitution budgétaire appelée Lolf, comptes de l'État… peut-être bientôt inscription de l'équilibre des finances publiques dans la
Constitution. Les outils s'empilent, mais la France est toujours en déficit.
Tous ces outils permettent d'y voir plus clair. Mais ce n'est pas l'outil en tant que tel qui produit les résultats. Seule la décision politique peut changer les choses. La Lolf permet de mesurer
l'efficacité des politiques publiques au travers d'indicateurs. En revanche, je n'ai jamais pensé qu'elle permettrait à elle seule de réduire les déficits. L'objectif d'équilibre des finances
publiques dans la Constitution donnera un cap à la loi de programmation que je suis en train de préparer.
Vous présenterez, jeudi, la loi de règlement du budget 2007. L'objectif des 15 000 suppressions d'emplois est-il atteint ?
Nous l'avons tenu et même dépassé puisque nous sommes à 15 479 suppressions de postes exprimés en équivalent temps plein travaillé. C'est mieux qu'en 2006, année durant laquelle 9 500 postes
avaient été supprimés.
On est pourtant encore loin de la règle du «un sur deux» et les tensions sont vives à l'Éducation nationale.
Nous ferons tout pour tendre vers le «un sur deux» en 2009. Mais je ne peux pas encore dire si nous serons à 45 %, 48 % ou 52 % de non-remplacement des fonctionnaires partant en retraite.
J'observe toutefois que le ministre de l'Éducation nationale Xavier Darcos n'a pas l'intention de céder face aux syndicats et s'en explique très bien. Et cela mérite d'être souligné.
Comment se présente la préparation du budget 2009 ?
C'est beaucoup plus difficile que les années précédentes. Avec la remontée des taux d'intérêt, le remboursement des intérêts de la dette va représenter 1,5 à 2 milliards d'euros de plus. Idem
pour les pensions des fonctionnaires. Bref, avant même d'avoir pris toute décision, nous avons déjà dépensé 3 et 4 milliards d'euros de plus. Or, nous avons pris des engagements sur la Justice et
sur l'Enseignement supérieur et nous comptons mettre en place le revenu de solidarité active.
Comment financer ces priorités et redresser en même temps les finances publiques ?
Nous allons faire des économies. De nouvelles mesures concernant la modernisation de l'État et éventuellement les dépenses d'intervention seront annoncées début juin lors du troisième conseil de
modernisation des politiques publiques. Pour être certain de tenir, nous allons aussi continuer à stabiliser les dépenses en volume mais sur un périmètre de dépense élargi.
Pour faire des économies, des parlementaires suggèrent de toucher aux niches fiscales...
Beaucoup d'avantages fiscaux ont une réelle utilité. Le crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile a permis de réduire le travail non déclaré. Christine Lagarde et moi avons remis un
rapport à l'automne qui montre qu'un plafonnement global aurait des effets mal maîtrisés. Il faut en revanche plafonner chaque niche qui aujourd'hui ne l'est pas. Il faut aussi que les avantages
fiscaux soient créés sur une durée déterminée et évalués. Plus largement, je suis favorable à ce que nous nous fixions des objectifs clairs dans ce domaine, même si les avantages fiscaux
fonctionnent comme des guichets.


Le gouvernement accélère son aide aux pêcheurs. Le ministre de la Pêche Michel Barnier a en effet annoncé le déblocage d'ici à la fin 2008 de 110 millions d'euros sur les 310 millions prévus par le plan d'urgence annoncé le 13 janvier dernier.
Avec cette annonce, ie gouvernement tente de répondre au malaise des pêcheurs qui protestent depuis 10 jours contre la hausse des prix du gazole. La somme annoncée fait en effet déjà partie du plan de soutien de la filière, partiellement validé par Bruxelles. Le ministre a précisé que ce plan, prévu initialement sur trois ans, se déroulerait finalement sur deux ans.
Dans l'enveloppe promise par le gouvernement, une «aide sociale» de 40 millions d'euros sera directement attribuée aux marins pêcheurs. Ces derniers avaient exigé un gazole à 0,40 euros le litre contre 0,75 euros actuellement dans leur secteur. Mais Michel Barnier n'a pu leur donner satisfaction sur cette demande, en raison des règles strictes de Bruxelles en matière d'aides d'Etat.
Michel Barnier a également demandé à sa collègue de l'Economie, Christine Lagarde, d'organiser une réunion avec le président de Total, Christophe de Margerie, pour explorer toutes les pistes d'amélioration sur le prix du gazole».
Satisfait de l'accord trouvé avec le gouvernement, le président du comité national des pêches Pierre-Georges Dachicourt a appelé les marins pêcheurs à reprendre le travail. «Il faut que tout le monde reparte au travail. J'appelle tous les bateaux à reprendre la mer». Selon lui, «l'essentiel a été obtenu grâce à un effort considérable du gouvernement». Un appel relayé mercredi soir par François Fillon sur France 2. Le premier ministre a reconnu que l'aide d'urgence de 40 millions avait été décidée de façon «unilatérale» par Paris, sans feu vert européen.
Après l'annonce du gouvernement, les marins-pêcheurs des Bouches-du-Rhône ont annoncé qu'ils levaient leurs barrages bloquant les accès à trois dépôts pétroliers. Mais ils vont prendre le temps de se réunir pour étudier les propositions de Michel Barnier a expliqué le président du syndicat des chalutiers de Martigues, Frédéric Matéo. Ce dernier semblait pessimiste sur l'arrêt définitif du mouvement. «Nous ne sommes pas très satisfaits par les annonces faites. 110 millions d'euros avant la fin de l'année, c'est vague, c'est nous prendre pour des imbéciles», a-t-il déclaré.
Dans le Nord-Pas-de-Calais, les marins-pêcheurs ont également arrêté les blocages à Calais et de Dunkerque (Nord) mercredi en fin d'après-midi. Mais Boulogne-sur-Mer, premier port de pêche français reste paralysé.
Toute la journée, les négociations ont été difficiles entre Michel Barnier et les représentants de la profession. La réunion a été interrompue à plusieurs reprises. En fin de matinée, «mécontents des propositions qui leur ont été faites», les marins pêcheurs présents à Paris avaient même demandé à rencontrer directement Nicolas Sarkozy et François Fillon. Finalement, Michel Barnier s'était rendu à l'Elysée puis à Matignon en milieu de journée et les discussions ont pu reprendre en milieu d'après-midi.
En marge de la réunion, mercredi matin, une manifestation de 300 à 400 marins pêcheurs a dégénéré devant le ministère de l'Agriculture et de la Pêche. Quatre policiers ont été blessés par des projectiles dont trois sérieusement, a annoncé la préfecture de police. Un tir tendu de fusée de détresse a atteint l'un deux à la jambe, selon plusieurs témoins.
Enfin François Fillon a fortement suggéré mercredi soir sur France 2 aux routiers, qui menacent également d'entreprendre des actions pour protester contre la hausse du prix du gazole, de «répercuter» cette augmentation sur leurs tarifs.
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