Mercredi 5 mars 2008
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Neuilly, ville rebelle
“Storytelling” à Sarkocity : le remake du fils rebelle à l’assaut de la ville peut se décliner
en plusieurs saisons, comme à la télé.
Neuilly, la paisible, Neuilly la belle endormie se réveille parfois
lorsque sonne l’heure des élections municipales. Il y a un quart de siècle,
c’était un certain Nicolas Sarkozy, gamin de 27 ans, qui faisait la nique au baron gaulliste Charles Pasqua, succédant à la surprise générale à Achille Peretti. En cette fin d’hiver 2007/2008,
Neuilly exerce à nouveau un leadership médiatique sur la campagne municipale.
Résumé du storytelling à “Sarkocity” avec au générique, amour, belles gueules et trahisons.
Saison I : le président de la République qui, paraît-il, ne se mêle pas des
investitures impose dans “sa” ville “son” porte-parole à l’Elysée, David
Martinon. A priori, il s’agit d’un cadeau offert à sa future ex-épouse, Cécilia, dont David est l’un des protégés.
Saison II : le jeune énarque découvre que le cadeau est empoisonné. Sur le terrain,
Martinon est contesté par les militants de l’UMP qui lui préfèrent Arnaud Teullé, autre collaborateur du Président plus particulièrement chargé des affaires neuilléennes. Pour clore la polémique,
le chef de l’Etat demande aux deux hommes de faire équipe.
Saison III : un père de famille, chef d’entreprise, qui se présente comme un
Neuilléen de souche, vient ébranler le fragile équilibre. Guère impressionné par la toute-puissance élyséenne, Jean-Christophe Fromentin, candidat divers droite, réalise une percée qui inquiète
en haut lieu. Sa posture de David contre David (Martinon) plaît aux “villageois”.
Saison IV : Nicolas Sarkozy demande à son fils cadet Jean, gravure de mode qui
hésite entre le théâtre et la politique, d’aider son porte-parole. Sans avoir fait l’ENA, le jeune homme à la geste sarkozyenne constate que le candidat investi par l’UMP perd du terrain et le
fait savoir au président de la République lors d’un séjour en Egypte courant décembre 2007.
Saison V : les choses s’accélèrent. Le trio Martinon-Teullé-Sarkozy éclate.
Les deux derniers, sur la base d’un sondage donnant Fromentin gagnant, obtiennent le retrait du
premier. Arnaud Teullé semble tout désigné pour reprendre le flambeau. Trop peut-être…
Saison VI : coup de théâtre, le dissident Fromentin obtient le soutien de l’UMP !
Aussitôt, le légitimiste Teullé se révolte. Il lance sa propre liste, fort des soutiens de Dadu et Marie-Dominique, respectivement la mère et la
première femme de Nicolas Sarkozy.
Saison VII : Au fait, où est Cécilia ? Si l’on en croit les gazettes, elle prépare
son mariage avec le publicitaire Richard Attias. David Martinon, déchu, semble tout à coup apprécié par ceux-là mêmes qui l’avaient hué. Fromentin adoubé par l’UMP devient
moins attractif et Teullé, rebelle de choc, est soudainement regardé avec d’autres yeux dans les rues de sa ville.
Epilogue : les Neuilléens détestent leur caricature. Non, ils ne sont pas les
thuriféraires de la Sarkozie, oui, ils aiment ceux qui dérangent l’ordre établi. Telle n’est pas la moindre surprise de cette campagne.
yves.derai@nouveleconomiste.fr
Pourquoi M. Fromantin a-t-il pris l’initiative de critiquer sur Europe 1 la gestion de la ville de Neuilly, impliquant ses maires successifs, en s’appuyant sur un rapport de la Cour Régionale des Comptes ?
Ce rapport ne relevant rien de significatif à l’encontre de la ville alors qu’elle se situe aujourd’hui dans le classement du Magazine Challenge (N° 112) parmi les villes les mieux gérées de France, l’on est en droit de se demander, à titre comparatif, si M. Fromantin dispose de réelles compétences pour bien gérer la ville de Neuilly dont le budget de fonctionnement et d’investissement est de l’ordre de 200 millions d’euros.
Monsieur Fromantin est-il un bon gestionnaire ?
Le plus simple, puisque tout citoyen peut se procurer via internet les rapports des Commissaires aux comptes des sociétés exerçant en France, est de s’intéresser à EXPORT ENTREPRISES SA, société créée par M. Fromantin en 1989 dont il est le principal actionnaire, et dont le Chiffre d’Affaires du dernier exercice est en baisse de 7%, à moins de 2 millions d’euros.
Que constate-t-on à la lecture de ce document déposé au Greffe du Tribunal de Commerce le 9 janvier 2008 ?
1°/ le siège de la société de M Fromentin a déménagé l’an dernier de l’avenue Charles de Gaulle à Neuilly au boulevard Haussmann, Paris 8°. Ainsi M. Fromentin a décidé, alors qu’il a été successivement candidat à trois élections locales, de ne plus faire bénéficier Neuilly de la taxe professionnelle que versent les entreprises résidentes !
2°/ le fait le plus curieux est le montant anormalement élevé des comptes clients (c’est à dire de la dette des clients à l’égard de l’entreprise) de 2,2 millions d’euros, soit plus d’un an de Chiffre d’Affaires. De là s’explique la situation très endettée de la société avec des emprunts, au cours du dernier exercice, de 1.100.000 € et des dettes fiscales et sociales de plus de 500.000 €, la trésorerie atteignant à peine 12% du montant des emprunts !
3°/ on peut s’interroger sur l’opportunité de réduire le capital social par rachat d’actions alors que la situation délicate de la société aurait plutôt besoin d’apport de cash ! Souscrire à un emprunt convertible en actions et, dans le même temps, réduire le capital social pour décaisser de l’argent paraît aussi curieux!
4°/ les salaires sur deux ans ont diminué de 18 % tandis que le dividende des actionnaires, dont principalement M. Fromantin, avait doublé en 2006! En outre, n’apparaît aucune forme de participation des 19 employés aux résultats de l’entreprise.
5°/ la situation très déficitaire de la filiale Eurorochallenge ne peut que renforcer l’inquiétude.
L’ensemble révèle une situation financière très tendue, que les présentations comptables auront peine à redresser…à moins qu’une situation électorale favorable serve à M. Fromantin pour à la fois promouvoir son activité et bénéficier de divers leviers, gouvernementaux et autres. L’on peut imaginer qu’il s’est successivement engagé dans trois élections successives pour ces raisons.