LA RÉFORME des régimes spéciaux gagne du terrain dans l'opinion.
Selon un
sondage BVA pour Le Figaro et LCI, une très large majorité de Français (57 %) estime que le projet de réforme
« va dans le bon sens », contre 32 %
qui sont d'un avis contraire. Quant à la journée de grève, qui s'annonce massive à la SNCF et la RATP, ils ne sont que 43 % à la trouver justifiée, contre 55 % d'un avis opposé.
Autre enseignement de ce sondage, les trois quarts des Français sont favorables à l'instauration d'un service minimum dans les transports publics en cas de grève, qui sera applicable au
1
er janvier. Ce qui ne favorise pas la position des grévistes. D'autant que 59 % des personnes interrogées estiment que ce mouvement est motivé par la défense d'intérêts
particuliers et non par la défense des acquis sociaux dans leur ensemble.
« La fragilité de la position syndicale apparaît crûment lorsque l'on considère l'interprétation faite par l'opinion publique du mouvement du 18 octobre », souligne
Jérôme Sainte-Marie, directeur du pôle Opinion de BVA. On est loin de l'approbation massive qui avait accompagné les grandes grèves de l'automne 1995 contre le plan Juppé sur la sécurité sociale.
« La réédition du scénario de la grève par procuration ne paraît guère vraisemblable », estime Jérôme Sainte-Marie, qui parle même de
« réforme par
procuration ».
Tout naturellement, l'idée d'aligner les régimes spéciaux sur le régime de la fonction publique est plébiscitée par les électeurs de second tour de Nicolas Sarkozy (77,2 %).
L'approbation est également massive, à 68,9 % chez les sympathisants du MoDem de François Bayrou. Il est vrai que, pendant sa campagne, le candidat centriste s'était prononcé pour
« une refonte universelle » du système des retraites, englobant les régimes spéciaux.
Mais la réforme progresse aussi à gauche. Certes, 51,9 % des électeurs de Ségolène Royal désapprouvent le projet de loi, mais ils sont tout de même 38,8 % à estimer qu'il va dans
le bon sens. Et le paradoxe veut qu'une majorité de 45,7 % des sympathisants socialistes l'approuvent, contre 43,8 %. Ce qui illustre les contradictions du PS, entre un Manuel Valls qui
dit oui à l'alignement au nom de l'
« équité » et des impératifs
« financiers », et un Jean-Luc Mélenchon qui dénonce
« le suivisme à l'égard de la
droite, en pleine offensive contre les acquis sociaux des salariés ».
Un gouvernement «plus moderne»
Il y a un mois, le bureau national du PS a adopté une position commune embarrassée, assortie de critiques sur la méthode : oui à
« une évolution négociée des régimes
spéciaux », mais
« dans le cadre d'une négociation globale des retraites des Français ». Pour les fabiusiens, partisans d'une
« opposition
frontale » à Sarkozy,
« considérer qu'on va régler à 100 % le problème des retraites en démantelant les régimes de 2 % des salariés est un mensonge ».
Autre bonne nouvelle pour le gouvernement, il est jugé
« plus moderne » et
« plus proche des préoccupations » des Français que les syndicats.
« Le gouvernement devra cependant apporter un soin tout particulier à ne pas sembler arrogant sur le sujet, les syndicats faisant pour l'heure jeu égal avec lui sur la question de celui
ayant l'attitude la plus conciliante », fait observer Jérôme Sainte-Marie.
« L'opinion publique pourrait d'autant plus soutenir les projets gouvernementaux sur les régimes
spéciaux qu'elle n'est guère concernée par ceux-ci, cependant que le vaste mouvement réformateur annoncé suscite en elle beaucoup d'espérances mais aussi quelques appréhensions »,
conclut le directeur de BVA Opinion.
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